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« La renommée est dangereuse » écrivait le poète grec Hésiode, « son fardeau est léger à soulever, pénible à supporter et difficile à déposer ». Plus loin dans les Travaux et les jours, il ajoute « Même la Renommée est une Déesse » et c’est une Déesse terrible qu’il ne vaut mieux pas provoquer. Ainsi ce coiffeur qui apprit la nouvelle de la défaite des armées athéniennes en Sicile par un client étranger, couru propager la rumeur dans la ville. Les athéniens ne croyant pas à la nouvelle de leur désastre, prirent le coiffeur, le questionnèrent, et incapable d’expliquer l’origine de la nouvelle, le torturèrent. Quand la catastrophe fut officiellement confirmée, les athéniens consternés en oublièrent le malheureux sur la roue de la torture. La Déesse est impitoyable même pour ceux qui croient être à son service.

D’ailleurs, le poète romain Ovide dans ses Métamorphoses dresse un tableau inquiétant de la résidence de Fama, la Déesse de la renommée : « Il est, au centre du monde, un lieu situé entre la terre, la mer et les régions du ciel, et qui confine à ces trois parties de l’univers. De là, tout ce qui se passe quelque part, dans quelque lointain pays que ce soit, se voit, et il n’est pas de voix qui n’y parvienne à des oreilles prêtes à la recueillir. C’est le séjour de la Renommée ; elle a choisi sa demeure au point le plus élevé, a, par surcroît, ménagé pour y conduire d’innombrables accès, percé mille ouvertures dans les murs et n’en a fermé le seuil par aucune porte. Nuit et jour cette demeure est grande ouverte. Elle est faite entièrement d’airain sonore. Ses murs vibrent du haut en bas, renvoient les sons et répètent ce qu’ils entendent. »

Après des siècles de dur labeur, travaillant jour et nuit, Fama aspire dans ses rêves les plus fous à un peu de confort. Les Déesses ont aussi le droit de rêver. Et voilà que le XXIème siècle lui offre une opportunité comme elle n’avait jamais pu l’imaginer. La première alerte arriva lorsqu’elle s’aperçut que de plus en plus de rumeurs lui parvenaient non plus au travers des murmures captés par ses murs de cuivre sonores mais de ce monde digital que les humains appellent internet. La seconde quand elle comprit que Google était une formidable caisse de résonnance des rumeurs du monde. Alors, quand Google lui proposa de l’héberger, elle comprit rapidement les avantages qu’elle pouvait en tirer : fini le palais de cuivre ouvert aux quatre vents et vive les millions de Googlebot, esclaves numériques en charge de récolter toutes les rumeurs du monde.

Même les Déesses ont le droit à un peu de confort… Surtout que Google ne demande pas grand-chose en échange : juste que Fama prenne en compte les algorithmes du moteur pour faire et défaire les renommées. Ainsi naquit la E-réputation.